Compte rendu

Compte rendu de la conférence de Okyang Chae-Duporge sur « Les arts de la Corée à travers l’histoire », université Bordeaux Montaigne, 27 novembre 2017

La section d’études coréennes de l’université Bordeaux Montaigne (UBM) a accueilli Mme Okyang Chae-Duporge, qui enseigne actuellement l’histoire de l’art coréen à l’Inalco et à l’université Paris Diderot, pour une conférence sur Les arts de la Corée à travers l’histoire – évolutions et particularités.

La conférence a été introduite par Stéphane Couralet, responsable de la section d’études coréennes à l’UBM. Comme le titre l’indique, toutes les périodes de l’art coréen ont été parcourues et la conférencière s’est focalisée sur les arts les plus représentatifs de chaque période. Elle a insisté sur l’importance de reconnaître certaines influences des arts étrangers sur l’art coréen pour pouvoir ensuite éclaircir l’évolution propre à la Corée. Tout au long de sa présentation, la conférencière nous a invités à élargir notre regard sur l’art coréen en adoptant une approche comparative avec l’analyse parallèle de l’art chinois, japonais et indien pour une même typologie des œuvres d’art. Cette approche nous a permis de mieux saisir les influences mais aussi les spécificités de l’art coréen.

En déroulant un fil rouge chronologique, Mme Chae-Duporge a proposé de partir de l’étude des sites coréens actuels officiellement inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO, en englobant bien sûr, les deux sites répertoriés en Corée du Nord. La conférencière a débuté son exposé par l’examen minutieux des sites datant de l’âge de bronze, en attirant notre attention sur la riche culture dolménique coréenne. Puis, après une présentation des gravures rupestres de Bangudae à l’époque du néolithique, elle nous a aidés à comprendre comment  les objets rituels de cette période lointaine, une fois mis au jour lors des fouilles successives, nous permettent aujourd’hui de saisir la force créatrice des peuplades de l’époque et leur aptitude à s’exprimer en réalisant des objets artistiques qui font désormais partie des oeuvres incontournables de l’art coréen. La conférencière en a profité pour évoquer avec nous une question nouvelle et fondamentale : celle de l’origine de l’art coréen.

Mme Chae-Duporge a ensuite présenté l’art funéraire des Trois Royaumes : l’évolution de la peinture murale de Goguryeo ; les découvertes fortuites et surprenantes de la tombe de Muryeung ainsi que celles du grand encensoir de Baekje dont nous avons pu apprécier la finesse des ornements ; enfin les objets découverts lors des fouilles des tumuli de l’époque Silla, principalement des couronnes en or dont nous avons pu mesurer non seulement la beauté artistique mais également la fonction sociale à l’époque. Mme Chae-Duporge a souligné l’importance de considérer les visions taoïstes et chamaniques incarnées dans chacune des réalisations artistiques de l’époque.

Cette approche a ensuite été complétée par l’analyse de l’art bouddhique.

Mme Chae-Duporge a illustré cette partie de son exposé en citant en premier lieu l’exemple du temple de Bulguksa et de la grotte de Seokguram du Grand Silla en les considérant comme des représentations concrètes de la vision bouddhique du monde, sublimée par une grande qualité artistique et une maîtrise des techniques impressionnante pour l’époque. Nous avons découvert parmi les autres réalisations celle à son apogée, de la sculpture bouddhique en Corée, qui résulte en droite ligne de l’épanouissement du style Gupta indien transmis par l’intermédiaire de la route de la soie. A cet âge présenté comme « classique » pour la sculpture bouddhique, a succédé la peinture bouddhique de Goryeo qui reflète les goûts de la cour de l’époque, de la noblesse et du clergé bouddhiste.

Les céladons, un autre art représentatif de cette période, est décrit en comparaison avec la porcelaine blanche de la dynastie suivante, celle de Joseon, qui témoigne d’un fort contraste. Celui qui distingue une esthétique de sophistication et de subtilité durant l’époque Goryeo et celle de la sobriété des lettrés de Joseon, période profondément marquée par les thèses confucianistes.

Pour la peinture de Joseon, Mme Chae-Duporge a surtout insisté sur la présence de la peinture de la couleur (chaesaekhwa) qui englobe deux catégories de peinture réalisée à la fin de cette dynastie : la peinture de cour (gunjunghoehwa) et la peinture populaire (minhwa). Malgré la grande différence des statuts sociaux des commanditaires, leur point commun est l’utilisation prononcée de la couleur et leur utilité décorative. La conférencière a souligné que ces peintures, restées pendant longtemps dans l’ombre de la peinture des lettrés et de leur vision sino-centrée, devaient retrouver leur place dans l’histoire de l’art coréen.

Mme Chae-Duporge n’a pas négligé l’art moderne et contemporain. Elle a consacré la dernière partie de sa conférence à un rappel chronologique de l’art du 20e siècle souvent inspiré par l’art occidental, en s’attardant sur l’un des mouvements artistiques les plus marquants des années soixante-dix, la peinture monochrome coréenne (dansaekhwa). Ce mouvement illustre à sa manière un aspect essentiel de la coréanité, et ce, malgré l’influence indéniable du minimalisme américain. On peut dire que ce  mouvement jouit incontestablement d’une grande attention sur la scène artistique internationale actuelle.

Durant cette conférence, Mme Chae-Duporge nous a offert un moment de découverte de l’histoire de l’art coréen, en ponctuant sa présentation d’anecdotes et de réflexions sur la perception de cet art coréen sous des visions croisées, coréennes ou non. En deux heures à peine, nous avons plongé dans des siècles d’histoire de l’art coréen, sautant d’illustrations en illustrations projetées au tableau à une cadence régulière ininterrompue. Nombreux étaient les étudiants de toutes les formations de notre université à avoir fait le déplacement pour assister à cette conférence qui nous a unanimement surpris par sa densité. Beaucoup d’entre nous n’avions jamais eu l’occasion de nous intéresser à l’art coréen. Grâce à cette conférence, nous avons pu découvrir l’éventail très large et la richesse des œuvres coréennes. Les nombreuses photos prises par Mme Chae-Duporge sur place en Corée ou dans des musées internationalement connus, nous ont permis d’apprécier, comme si l’on y était, le raffinement des productions artistiques coréennes.

Mme Chae-Duporge a élargi notre culture générale et stimulé notre curiosité sur l’art de la Corée. Après cette présentation captivante, beaucoup d’entre nous avons posé des questions sur des points particuliers de l’art coréen. Nous avons également pu consulter les beaux ouvrages sur l’art coréen que M. Couralet avait rapportés de la bibliothèque universitaire pour accompagner cette conférence. Cela a été également le moment de découvrir qu’il y avait des ouvrages magnifiques à ce sujet sur les étagères de la petite bibliothèque consacrée en partie à la Corée.

Merci infiniment à Mme Chae-Duporge pour sa présentation passionnante et à M. Couralet pour avoir organisé cette conférence qui nous donne envie d’en savoir plus !

Marie Dugay
Etudiante en L2 en histoire de l’art à l’université Bordeaux Montaigne

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Academy of Korean studies Inalco Université Paris Diderot-Paris 7 EHESS